1956













 
   
1956
Book - • Fejtö, François/Ferencz (1909-)
• La tragédie hongroise : ou une révolution socialiste anti-soviétique (1956) [Lettre-préface de Jean-Paul Sartre; Éditions Pierre Horay; Paris; p.314; 19 cm]
-koninklijke Bibliotheek (Royal Library) Den Haag : 1408 F3
• Quotations: 6 (2311 words)

Cher Monsieur,
Je suis heureux de mettre ces quelques mots sur la première page de votre livre: vous me donnes l'occasion de redire, après tant de Français, la solidarité profonde qui nous unit a votre peuple, notre respect pour ses souffrances et notre admiration pour son courage. Mais u serait absurde de prétendre vous présenter à un public qui connaît déjà votre Histoire des Démocraties populaires et qui la considère comme l'unique ouvrage susceptible de le renseigner sur ces pays si proches et, depuis dix ans, si mystérieux, pour nous qui avons été frappés par votre intelligence profonde des problèmes sociaux, qui avons compris pour la première fois, grâce a vous, les contradictions 'économiques où se débattent ces sociétés nouvelles, me permettez-vous de vous dire que votre qualité la plus rare est l objectivité ? Une objectivité faite de pénétration et de savoir, mais qui marque aussi votre maîtrise de vous-même. Il est difficile à un homme qui vit en exil, il est presque impossible de rester impartial. Vous avez voulu pourtant et vous y êtes parvenu. Au milieu de tant d'ouvrages d'inspirations diverses, mais également suspects, dont les uns vantent les régimes de {?} et dont les autres les accablent, quelle chance nous avons eue de rencontrer le vôtre. Mais c'est de la Hongrie seule que vous nous parlez aujourd''hui, vous avez, malgré tout ce que vous ressentez depuis le 2'd octobre, su garder le même recul - qui n'est pas du détachement, loin de là, mais un ardent désir de comprendre et à informer. Avant à avoir en main voire manuscrit, j'avais pu lire dans des revues, dans des hebdomadaires, plusiers reportages et articles préfigurant le présent ouvrage. Malgré votre souci constant de dire le vrai sans pathétique inutile, 'îs mont ému parce quils traduisaient vos espoirs - comme ce remarquable article que vous avez écrit sur lunion des écrivains ei le Cercle Pétofi - et puis, peu après, vos angoisses. J'ai vécu avec vous et grâce à vous la tragédie de votre pe peuple, vos lecteurs d'aujourd'hui pourront la revivre tout entière: ils comprendront grâce à vous la lutte quotidienne, le courage de ces ouvriers et de ces intellectuels dont beaucoup sont morts aujourd'hui; cette longue histoire qui, en 53, en 56, eût pu conduire le peuple hongrois hors de la nuit et qui est retombée aujourd'hui dans le sang, dans la boue et dans les ténèbres, elle leur apparaîtra comme un destin terrible. Mais lout n'est pas vain, tout ce sang versé ne sera pas perdu: on voit surgir des ruines un prolétariat nouveau, plus dur, conscient de sa force, qui s'est donné des organes défensifs et qui a contraint Kadar ae négocier avec lui. Ces hommes neufs - dont vous avez eu le mérite de signaler l'existence dès votre premier livre - vont reprendre la lutte par d'autres moyens, sous dautres formes ; ils ne permettront pas que la "démocratisation" s'arrête: grâce à vous, nous suivrons leurs efforts. En ce sens, votre livre me semble aujourd'hui particulièrement précieux: il renseigne donc il rapproche, în cette époque trouble de mensonges et de violence, ce qu' faut sur tout est ce que vous nous donnez sur la Hongrie: la vérité.
Jean-Paul SARTRE.

[p.13-15; LETTRE-PRÉFACE DE JEAN-PAUL SARTRE]

Quant aux éléments contre-révolutionnaires, c'est-à-dire anticommunistes avec intransigeance, partisans d'un démocratie sous l'égide cléricale et qui souvent dissimulent sous un vocabulaire emprunté à la démocratie occidentale leur dévouement intégral à l'égard de Szàlasi, leur héros, leur martyr, ces éléments paraissent particulièrement puissants à l'ouest du pays. Ils auraient déjà cherché d'établir des contacts avec des groupements d'émigrés fascistes, des gendarmes, des formations para-, militaires, réfugiés en Autriche, dans la région de Salzbourg et qui depuis si longtemps déjà attendent l'heure H du retour et de la revanche En se regroupant, en s'organisant, ces éléments pourraient essayer de reconstituer leur ancienne audience dans les campagnes, où le communisme en raison de la collectivisation des lourdes impositions est détesté, dans le cas où Bêla Kovàcs et ses amis ne parviendraient pas si rapidement à réorganiser le Parti des Petits-Propriétaires, en tant que principale organisation politique paysanne, non communiste, mais démocratique, favorable à une collaboration avec les socialistes et les communistes nationaux.

[p.268-269; UNE RÉVOLUTION D'URANIUM]

De la contre-révolution, on parle beaucoup dans l'Humanité, mais les correspondants occidentaux, présents en Hongrie en assez grand nombre, eux, ne la voient nulle part.
Ce qu'ils voient, c'est une jeunesse qui, comme toute les jeunesses révolutionnaires, est enthousiaste, souvent confuse, croyant que l'âge d'or est arrivé, qui embrasse les voitures françaises, parce que la France c'est la liberté, parce que c'est la Révolution de 1789 de 1848, c'est la Marseillaise qu'on chante à tue-tête, c'est l'Occident qui apparaît, sous son meilleur jour, de générosité, de fraternité, de vérité, un occident qui s'oppose à la barbarie (1).
Il se peut, bien que ce n'est point confirmé, qu'il y ait eut, à la frontière autrichienne, des infiltrations d'émigrés contre-révolutionnaires et fascistes, bien que le gouvernement autrichien ait énergiquement démenti ces bruits. Ferenc Nagy, chef du parti des petits-propriétaires, a été refoulé par les insurgés eux-mêmes à la frontière. Mais c'est calomnier l'insurrection hongroise que de dire qu'elle était d'inspiration fasciste. A travers cette insurrection, ce soulèvement, cette levée en masse de tout un peuple qui en avait assez, dont toutes les classes et toutes les tendances s'unissaient pour une fois pour le proclamer, c'est la démocratie qui se cherchait, la démocratie qui tendait à s'établir sur une base sociale et économique nouvelle, rendant difficile sinon impossible le retour au capitalisme, voire au féodalisme. Imaginait-on ces jeunes ouvriers, ces étudiants, ces paysans qui formaient le gros de l'armée insurrectionnelle, en train de rappeler les anciens grands propriétaires, pour leur dire: "venez, reprenez à nos paysans ce dont ils ont pris possession en 1945 à titre définitif et ce qu'ils défendraient jusqu'à la dernière goutte de leur sang ?" Imagine-t-on que les conseils d'ouvriers, au lieu de réclamer le contrôle ouvrier des entreprises, songeaient à rappeler leurs anciens exploiteurs capitalistes ? Non, la vérité est différente et l'on comprend qu'elle soit dure à accepter pour certains. La vérité est que les ouvriers métallurgistes de Csepel Csepel la Rouge on( pris d'assaut le siège du Parti Communiste - ce siège du Parti qui à leurs yeux était celui de Ràkosi, de la terreur, de la police - pour y établir le quartier général du comité révolutionnaire de Budapest. Qu'on lise à ce propos la dépêche du correspondant de l'A. F. P. à Budapest, à qui on ne saurait reprocher une tendresse particulière ou une indulgence particulière pour les insurgés ; il note aussi bien l'enthousiasme utopique, le courage frénétique, que la confusion politique.

[p.278-280; 1er novembre./UNE RÉVOLUTION D'URANIUM]

A ce moment-là, j'étais à l'écoute des radios du monde communiste. Nuit de cauchemar. D'heure en heure, les speakers élevaient le ton de leur commentaire. A la radio de Prague Zapotocky a pris la parole pour dénoncer le "fascisme" hongrois, la "faiblesse" d'Imre Nagy, la "contre-révolution". Et puis» les radios de Sofia, de Bucarest, la Radio de Moscou naturellement, jusqu'à celle de la Chine nouvelle, reprirent les injures. "Cela ressemble fort bien à la préparation d'un coup de force, dis-je à mes collègues. C'est la justification d'une action préventive." C'était à une heure et demie, le matin du 4 novembre. Radio Budapest, seul îlot de calme dans ce crescendo de nervosité, diffusait des nouvelles rassurantes: les négociations entamées entre le commandement soviétique et le gouvernement hongrois se poursuivent dans une bonne atmosphère ; 'accord sur le retrait des troupes soviétiques est en vue. A l'ambassade soviétique, on qualifiait d'absurdes les rumeurs concernant une éventuelle intervention. J'allai me coucher, en espérant que Radio Budapest avait raison contre Moscou et Prague. Je fus réveillé à 4 heures: les Russes attaquaient. Le reste est connu des journaux: les appels désespérés de Nagy, des écrivains hongrois, des collaborateurs de l'Agence Télégraphique Hongroise...

[p.286-287; 3 novembre./UNE RÉVOLUTION D'URANIUM]

La révolution populaire et "nationale" de Hongrie apparaît comme une illustration suprême du rapport Khrouchtchev. Cette révolution a fait éclater, le dernier, le plus grave des mythes staliniens, le grand mensonge du "bonheur" des peuples opprimés. De ces peuples auxquels on a osé imposer le soviétisme pour camoufler le pillage colonialiste et la défense de certains intérêts stratégiques, d'ailleurs mal compris. "A partir de maintenant, nous ne sommes plus les jouets d'un colonialisme camouflé sous des dehors socialistes et ne servons plus comme des pions sur un échiquier à réaliser les plans d'un conquérant", écrivait le premier numéro du journal des syndicats libérés, Népakarat, le 2 novembre. Les "Soviets antisoviétiques", les conseils ouvriers antistaliniens, nationalistes, démocratiques, socialistes qui ont surgi avec une spontanéité surprenante, poignante, comme sous une baguette magique dans les grands centres ouvriers de la Hongrie, ont bien montré - et cela quelle que soit l'issue des événements dans ce pays, où les Horthy sont toujours prêts à succéder aux Bêla Kun - ils ont montré, en confirmant ce que Berlin-Est, Pilzen, Poznan nous avaient déjà indiqué, que la classe ouvrière n'est pas derrière le communisme bureaucratique, qu'il le déteste, le désavoue, tout en demeurant attaché au socialisme. Ils ont mis à nu, en même temps, le caractère substantiellement réactionnaire, rétrograde, contre-révolutionnaire du communisme stalinien. Celui-ci est démasqué comme une entité étouffante, paralysant - au lieu de les libérer et développer comme elle le prétend théoriquement - les forces productrices, celles des esprits et celles du travail manuel et bafouant la dignité de l'homme. Le bilan de la dictature stalinienne en Pologne et en Hongrie tient tout entier dans le fait qu'elle a réalisé contre elle (sinon contre le communisme, le socialisme, la démocratie dont elle se couvrait) une unanimité sans précédent des rancoeurs.

[p.305-306; ÉPILOGUE PROVISOIRE]

Que le danger de la contre-révolution, de la restauration de l'ancien régime ait réellement existé, qu'elle se soit renforcée au cours des journées consécutives au premier retrait des troupes soviétiques, les renseignements plus détaillés que nous avons recueillis auprès des insurgés réfugiés et des journalistes occidentaux, témoins du drame, ne permettent pas d'en douter. Sur ce point, le rôle joué par certains émigrés qui, grâce à toutes sortes d'artifices, ont réussi à rejoindre le cardinal Mindszenty et à exercer sur ce vieillard usé, brisé par la longue prison (et dont l'intelligence politique n'a jamais été, hélas î le fort) une influence désastreuse, demande encore à être éclairci.
Il est vrai aussi qu'on a pu constater dans la rue de Budapest, et à plus forte raison chez les foules en effervescence des villes de province, un "glissement vers la droite", au cours de la semaine précédant i intervention soviétique. La Hongrie vivait, après avoir secoué le joug de l'appareil ràkosiste, dans un état de "défoulement collectif" où le pire ressentiment, dans ce vieux pays clérical, notamment dans les régions arriérées, avaient plongé de profondes racines.
Tout cela était vrai ; et le "parti chrétien", ressuscité par des politiciens se trouvant dans l'entourage de Mindszenty, aurait pu facilement exploiter avec un peu de démagogie, le dégoût qu'inspirait à la population tout ce qu'on lui avait imposé pendant onze ans sous l'étiquette "socialiste" ou "démocrate".
Mais la démocratie était également présente à l'appel. Elle était présente, sous une forme peut-être simpliste, mais ardente, chez les "titistes", groupés autour de Nagy, chez les magnifiques jeunes intellectuels du Cercle Petöfi,"a l'Union des Écrivains, chez les journalistes, les artistes, au comité révolutionnaire des étudiants et, surtout, chez les ouvriers qui, eux aussi,J commencèrent a s organiser, a reconstituer leurs anciens syndicats en les purgeant des éléments staliniens ; en créant des conseils ouvriers, en rappelant à l'existence le parti social démocrate. Certes, le communisme a perdu en un tournemain toute sa base ouvrière, mais c'était là la conséquence logique de la politique de Ràkosi et de Gerö ; en interdisant aux ouvriers et aux employés "Nagystes" de s'organiser en traction, ils ont préparé l'effondrement complet des sections ouvrières du Parti et la débâcle de l'appareil ràkosiste.
(...)
Il est vrai aussi qu'on a pu constater dans la rue de Budapest, et à plus forte raison dans les villes de province peu industrialisées, des manifestations inquiétantes d'un état d'esprit fasciste. Les Croix-Fléchés ont tenté de se réorganiser ; ils ont "publié des tracts, un journal. Il y eut des chasses à l'homme, des règlements de compte personnels regrettables, organisés par des commandos échappant à l'autorité du gouvernement et des conseils ouvriers. Le rôle du président improvisé du comité révolutionnaire de Budapest, Dudas, reste également à éclaircir. Il y eut des excès, des tentatives troubles - {Mais qu'on nous cite une seule révolution qui ne connut pas ces excès ?} Peut on condamner la révolution française à cause de la Terreur ? La révolution de 1917, uniquement parce que le peuple russe en fureur avait frappé aussi des innocents ? Mais il n'y avait pas de pogrome en Hongrie, même pas là où les fonctionnaires les plus détestés, les policiers les plus compromis étaient des Juifs. Pourtant le pogrome n'était-il pas dans l'air dans la révolution russe ? N'y eut-il pas un commencement de pogrome en 1948, alors que Peton et la jeunesse estudiantine s'entremirent immédiatement pour remettre à la raison quelques bourgeois exaltés ? Qu'il n'y ait pas eu de pogrome, que juifs et antisémites aient pu combattre côte à côte (je tiens les renseignements à ce sujet de réfugiés et d'insurgés juifs que j'avais longuement interrogés) voici qui frise le miracle, vu que l'antisémitisme, le racisme, la superstition et toutes les autres expressions du ressentiment non' éclairé, fleurissaient dans ce vieux pays, auquel il n'a jamais été donné de connaître les bienfaits de la démocratie et où l'oppression stalinienne remplaçant celle des féodaux et des capitalistes, avait complètement échoué dans la tâche qu'il revendiquait dans la rééducation de la nation.

[p.309-310; ÉPILOGUE PROVISOIRE]

     
1956
Pamphlet - • Comité Central du Parti Communiste Français [Paris]
• Vérités sur la Hongrie : documents, photos, commentaires présentés à la réflection de tous les honnêtes gens (1956) [Le Comité Central du Parti Communiste Français; Paris; p.31; 20 cm]
-International Institute of Social History Amsterdam (IISG): BRO 2620/06
• Quotations: 10 (3189 words)


Back cover


p.12, inset: "Regardez ces visages. Sont ils heureux devant le cadavre de ce communiste assassiné par les fascistes hongrois? Non, le peuple de Budapest n'avait rien de commun avec ces assassins!". [Look at those faces. Are the happy in view of the cadavre of this asassinated Hungarian communist? No, the people of Budapest have nothing in common with these murders!]

Combien de fois entendons-nous autour de nous des braves gens qui vous disent simplement : "Je l'ai lu dans le journal", et, plus encore : "Je l'ai entendu à la radio" ?
La radio surtout est considérée comme officielle, gouvernementaie, une sorte de service public à la disposition de tous, comme les mairies, les Eaux, le Gaz ou l'Electricité. Dans ces conditions, pensent des millions d'honnêtes Français de toutes opinions, elle ne peut apporter que des informations sérieuses, vérifiées. Elle ne peut pas servir, pensent-ils, à développer la haine entre les citoyens et la haine entre les peuples.
Depuis les tragiques événements de Hongrie, ceux-là qui croyaient encore à l'impartialité de la radio ont dû sérieusement réviser leur jugement. Jamais encore les postes français, aussi bien que "Radio Luxembourg" ou "Radio Europe 1" n'ont menti avec autant de cynisme. Et la grande presse, bien entendu, n'a pas moins utilisé le mensonge, la calomnie.
Ils ont essayé, pendant des journées entières, de présenter les événements de Hongrie sous un jour partial, essayant d'ameuter la population tout entière contre l'Union Soviétique, et de créer un climat de pogrom contre les communistes français.
Bien entendu, leur but était aussi de détourner l'attention du sang français et du sang algérien qui continue à couler en Algérie pour protéger les intérêts d'une poignée de gros colons.
Ils avaient aussi pour objectif de masquer la gravité de la décision prise par le gouvernement (socialiste) français et le gouvernement (conservateur) anglais d'attaquer l'Egypte pour rendre les bénéfices du canal de Suez aux banquiers franco-anglais. Et si, finalement, le "cessez-le-feu" est intervenu, on le doit à l'isolement de la France et de l'Angleterre (condamnées à l'O.N.U. par 64 pays) et aux fermes initiatives prises par l'Union Soviétique pour éviter une troisième guerre mondiale.
C'est pour masquer le grave danger qui menaçait la paix que presse et radio ont'porté leur effort essentiel sur les affaires de Hongrie.
Une brochure entière ne suffirait pas pour relever tous les mensonges déversés à flots. Le mieux est d'expliquer la technique du mensonge pour que à l'occasion d'autres graves événements qui peuvent survenir à l'avenir, les Français et Françaises honnêtes soient sur leurs gardes.

[p.3-4; Les mensonges qui tuent]

Le cercle Petôfi constituait par ailleurs un centre d'intrigues et de conspiration où, aux côtés d'intellectuels communistes, voisinaient des intellectuels bourgeois poursuivant visiblement la Hautdation du Parti des travailleurs et le renversement du régime de démocratie populaire'
Si les anciens dirigeants du Parti ont commis l'erreur grave d'entïeprendre ave 'retard la correction des fautes grossières qu'ils avaient commises - ce qui a provoqué le mécontentement de la population - les militants de la tendance inverse, s'appuyant sur le cercle Petöfi et l'encourageant, ont commis des fautes d'un autre genre qui ont eu des conséquences non moins graves.
Ils ont manifestement oublié que les capitalistes, les propriétaires fonciers et les éléments réactionnaires et fascistes, écartés du pouvoir, étaient toujours là, prêts à exploiter les moindres difficultés et les divisions existant au sein du Parti et de la classe ouvrière. Ils ont oublié que pendant toute la période de transition du capitaîisme au socialisme, alors que la question : qui remportera? n'est pas encore définitivement résolue, l'exercice de la dictature du prolétariat suppose la plus grande vigilance et une lutte de tous les instants et dans tous les domaines contre les ennemis du socialisme qui rêvent de restaurer l'ancien régime.
Pour battre les anciens dirigeants du Parti et accéder à leur place à la direction du Parti et de l'Etat, les militants, s'appuyant sw le cercle Petôfi, ont eux-mêmes, sous le prétexte de pousser à la "démocratisation" et à la "libéralisation", organisé contre le gouvernement des manifestations publiques où dominaient les mots d'ordre chauvins et antisoviétiques. Ils ne se sont pas seulementefforcés de rallier à leur point de vue les membres du Paru, as ont également misé sur les opposants au régime, sur les adversaires du socialisme. Il était à prévoir que les forces réactionnaires et fascistes allaient profiter d'une telle "situation et chercher à exploiter le mécontentement de la population en vue de renverser le pouvoir populaire....

Il s'est bien agi d'une contre-révolution

A l'origine, il y a donc un mécontentement légitime des travailleurs qui revendiquent l'élimination des insuffisances dans l'économie et l'administration de l'Etat.
Mais il est non moins certain que les forces bourgeoises, réactionnaires, contre-révolutionnaires et leurs inspirateurs étrangers ont cherché à utiliser le mécontentement populaire non pour améliorer le régime de démocratie populaire mais pour le supprimer.
Il est désormais hors de doute qu'il existait en Hongrie un mouvement contre-révolutionnaire illégal, aidé de l'extérieur, puissamment armé, préparé par des cadres expérimentés de l'ancienne armée fasciste.

[p.9-10; La vérité"ar la Hongrie]

A ce moment-là, toutes les agences de presse signalaient que,. depuis trois jours, Budapest et d'autres localités hongroises étaient le théâtre de scènes de barbarie fasciste rappelant, trait pour trait, le banditisme des S.S. de Hitler, des Chemises noires de Mussolini,des phalangistes de Franco ou de la milice de Vichy.
Dans les rues de la capitale, téléphonait le correspondantaméricain de l'Associated Press, la chasse aux communistes est devenu le divertissement qui remplace le cinéma."
Militants du Parti des Travailleurs, secrétaires des syndicats, fonctionnaires de l'Etat sont pourchassés, abattus comme des chiens, pendus aux arbres, aux réverbères ou aux oaiœiiïi, puis ieui& corps sont arrosés d'essence et brûlés.
Dans une interview à André Stil, envoyé spécial de l'Humanité à Budapest, le président du Conseil Janos Kadar confirme:
"L'armée soviétique s'était retirée de Budapest. C'est alors, par exemple, que à eu lieu l'attaque du siège de la fédération du Parti de Budapest où l'on sait mainienunt que 60 personnes furent massacrées, dont le camarade Imre Mezô. Il s'est produit là des scènes sans nom. Il y eut des hommes vivants à qui on a arraché le cœur ou d'autres organes. Une femme a été tuée à coups de pied.
Une attaque a été menée de la même façon contre d'autres sièges. Ainsi commencèrent les massacres contre-révolutionnaires à Budapest et a Csepel. Cet apres-midi-là, les arbres de l'avenue Staline et du Bois-de-la Ville étaient pleins de pendus. Ces faits se sont poursuivis pendant la durée du gouvernement Imre Nagy. A la campagne aussi, ces massacres recommencèrent.

[p.12-13; La terreur blanche en action]

Le 3 novembre, l'un d'entre eux câble à son journal que, sous prétexte que les fonctionnaires de la sécurité de l'Etat populaire fortaient des chaussures marron provenant d'une même fabrique, tous les hommes chaussés avec des souliers de la même couleur étaient abattus par les fascistes dans les rues de Budapest. Le 4 novembre, le journal "Politika" a révélé que des pogroms ont eu lieu en plusieurs endroits. (1)
Il écrit textuellement qu'il faut "barrer la route à la sauvagerie fasciste", et ajoute:
"les pogroms ne peuvent faire l'objet d'aucune demimesure. C'est avec une grande indignation et une grande colère que l'opinion publique yougoslave élève sa voix contre ces pogroms. Elle espère également que la classe ouvrière hongroise et les communistes hongrois réussiront, en dépit des grandes difficultés auxquelles ils font face actuellement, à sauvegarder les conquêtes du socialisme et a éliminer tous les phénomène qui ont pour but d'anéantir ces conquêtes."
Ainsi, tous les témoignages concordent.
Une manifestation populaire qui, au début, exprimait la volonté de réformes profondes de la vie politique et sociale du pays, avait servi de point de départ à une véritable contre-révolution.

Son but: redonner les usines aux capitalistes, redonner lesterres confisquées aux grands propriétaires. C'est ce que le cardinal Mindszenty avait déclaré sitôt après sa libération :
"II faudra revenir au respect de la propneie privée."

(1) On évaluait, le 13 novembre, environ dix mille, le nombre de {victimes ?}. Janos Kadar, déclarait, le 11 novembre à Radio-Budapest, que, dans de nombreux cas, non seulement le militant communiste était assassiné mais sa femme et ses enfants, même tout petits. Mais, bien entendu, ni la radio ni la grande presse, si "sensibles", n'ont eu un seul mot de condamnation des crimes commis par les bandits de Horthy. Quand il s'agit de communistes... tout est, bien entendu, licite, approuvé, voire exalté!

[p.14; Des journalistes yougoslaves apportent leur témoignage]

En 1947, au Journal Die Welt am Abend, de Vienne qui lui posait la question:
"Comment votre exellence juget-elle l'extermination de huit millions de Juifs dont six cent cinquante mille étalent Hongrois?"
Le cardinal répondit:
A ma connaissance, seulement cinq millions de juifs sont morts en Europe et, en Hongrie, en tout et pour tout, cinq cents mille.
Le cardinal ergote sur les chiffres: 5 millions en Europe et pas 8 millions, 5000.00 en Hongrie et pas 650.000!
Mais pas un mot pour réprouver ces massacres. C'est compréhensible. Il était furieusement d'accord avec Hitler et Horthy pour lancer, en 1941, la Hongrie en guerre contre l'U.R.S.S.!

[p.15; A propos du Cardinal Mindzenty]

L'Huma-Dîmanche révèle:
Paris-Match a ment!
Cette double page atroce a paru dans ParisMatch du 10 novembre. Des hommes en uniforme contre un mur. Le photographe a appuyé sur son déclic en même temps que les bourreaux sur leur gâchette.
Légende de « ParisMatch: « Les policiers du régime détesté tomtbent au coin d'une rue sous la salve d'un peleton d'exécution."
Or, il ne s'agit pas de policiers, mais de jeunes soldats qui gardaient les édifices publics et reconnaissables à l'Insigne surleur vareuse: deux fusils entre-croîsés (insigne de l'infanterie).
«Paris-Match», a donc menti.
Nous ajouterons que l'atroce crime demeurerait un crime s'il s'étalt agi de policiers. En effet les services de sécurité des pays socialistes sont assurés, non par des mercenaires, mais par des militants ouvriers dévoués dcorps et âme à leur peuple.
Ceux qui ont massacré jeunes soldats aussi bien que les militante des services de sécurité étalent des assassins!
Mais "Paris-Match » — propriété du multinillllonnalml Prouvost, gros industriel du textile de Roubaix — ne pouvalt évidemment qualifier les bourreaux d'assassins!

[p.16-17; Paros-Match a menti!]

Il est évident que l'on était alors en présence d'une véritable contre-révolution.
Qui y participait ?
Tous les anciens bénéficiaires du régime capitaliste demeurés en Hongrie.
Avec l'appui de tous les fascistes hongrois réfugiés à l'étranger et avec l'aide des Etats-Unis.
Il convient, en effet, de rappeler que, le 10 octobre 1951, le Parlement américain votait une loi qui décidait que, chaque année 100 millions de dollars (35 milliards de francs) — un supplément a même été voté cette année — seraient affectés à soutenir et développer toutes les « activités subversives » (ce sont les propres termes de la loi) dirigées, de l'intérieur ou de l'exténeur, contre lesdémocraties populaires.
Cet argent servait à envoyer en Hongrie des contre-révolutionnaires qui allaient organiser méthodiquement le soulèvement fasciste.
Comment expliquer autrement que, dès le premier jour, les insurgés disposent de postes émetteurs de radio que l'on peut capter à Vienne où se trouve l'état-major de la contre-révolution et qui entre en Hongrie, dès que la frontière est ouverte, après la défection ou l'assassinat des policiers, des douaniers, des soldats demeurés fidèles au régime de démocratie populaire.


[p.18; L'appui de la réaction étrangère]

Précisons d'abord que les divisions soviétiques, stationnées enHongrie, le sont en vertu de l'article 4 du traité de paix signé en1947 entre l'U.R.S.S. et la Hongrie, et en vertu des accords deYalta conclus en 1943 entre l'U.R-S.S., les Etats-Unis et la GrandeBretagne.
Elles occupent la Hongrie en vertu de ces accords comme les troupes françaises, anglaises et américaines occupent l'Allemagne.
C'est le 23 octobre que commencent les manifestations à Budapest. Très rapidement se produit l'intervention armée des groupes fascistes, minutieusement organisés. Ils réclament le retour au pouvoir d'Imre Nagy. Celui-ci 'demande aux insurgés de déposer lles armes; ils refusent. Nagy leur cède et remanie, trois fois en une armes ; ils refusent. Nagy leur cède et remanie, trois fois en une semaine, son gouvernement en y faisant entrer les pires réactionnaires;c'est ainsi qu'il nomme ministre de la guerre un ancien officier d'Horthy.
Il dissout la police de sécurité. Il demande aux troupes sovié-tiques de se retirer de Budapest.
Le dimanche 28 octobre, les troupes soviétiques se retirent de la capitale, à la demande de Nagy.
C'est alors que se produisent les massacres dont il a été parlé plus haut.
Nagy laisse tout faire. Les insurgés en viennent alors à demander que le gouvernement soit présidé par le cardinal Mindszenty. En province, par la frontière autrichienne qui n'est plus contrôlée, passent depuis huit jours des anciens officiers fascistes oui avaient quitté la Hongrie après la chute de Horthy. Ils reviennent, non pas avec des convois de médicaments, mais avec de tonnes d'armes.
C'est le fascisme qui se rétablit.

[p.19-20; Pourquoi l'Armée soviétqiuew est-elle intervenue?]

 

   
1956
Book - • Fryer, Peter (1927-)
• Hungarian tragedy (1956) [Dennis Dobson; London; p.96; 18cm]
-koninklijke Bibliotheek (Royal Library) Den Haag : 1408 F15
• Quotations: 7 (5175 words)


p.56; caption: The spirit of the Hungarian revolution fo 1848 and the War of Independence of 1849 is recalled in this scene outside the Budapest Party headquarters, where 40 security police had barricaded themselves in. Photo Magnum.


p.56 Caption: "Like all revolutions Hungary's October uprising both created and destroyed. The people organized -above Observer correspondent Lajos Lederer meets a students' revolutionary committee. And they took a dreadful revenge on the security police who had oppressed them -below, the bodies of A.V.H. men shot in the Budapest Party headquaters lie in the street outside. Photos Jack Eston, Picture Post."

THERE ARE really two Hungarian tragedies.
There is the immediate and heart-breaking tragedy of au people's revolution - a mass uprising against tyranny and poverty that had become insupportable - being crushed by the army of the world's first Socialist State.
I was in Hungary when this happened. I saw for myself that the uprising was neither organised nor controlled by fascists or reactionaries, though reactionaries were undeniably trying to gain control of it. I saw for myself that the Soviet troops who were thrown into battle against 'counter-revolution' fought in fact not fascists or reactionaries but the common people of Hungary: workers, peasants, students and soldiers. The army that liberated Hungary in 1944-5 from German fascist rule, that chased away the collaborating big landowners and big capitalists md made possible the land reform and the beginning of Socialist construction - this army now had to fight the best sons of the Hungarian people.
At least 20,000 Hungarians dead; at least 3,500 Russians dead; tens of thousands wounded; the devastation of large areas of Budapest; mass deportations of Hungarian patriots; hunger verging on starvation, widespread despair and the virtual breakdown of economic life; a burning hatred in the hearts of the people against Russia and all things Russian that will last at least a generation: these are the bitter fruits of the Soviet leaders' decision to intervene a second time.
There is another tragedy, too. It, too, is written in blood on the streets and squares of Budapest. It, too, can be read in the lines of suffering long-endured on the faces of Hungarian citizens, in the forlorn gaze of the children who press their noses against the windows of Western cars and beg for chocolate, in the tears of men and women who have been promised much and given little. It is the long-term tragedy of the absolute failure of the Hungarian Communist Party, after eight years in complete control of their country, to give the people either happiness or security, either freedom from want or freedom from fear.
Most Hungarians, while they do not want capitalism back or the landowners back, today detest, and rightly so, the regime of poverty, drabness and fear that has been presented to them as Communism. The responsibility for this lies squarely on the shoulders of the Communist leaders, and principally on those of Rakosi, Farkas and Gerö, who promised the people an earthly paradise and gave them a police state as repressive and as reprehensible as the pre-war fascist dictatorship of Admiral Horthy. The workers were exploited and bullied and lied to. The peasants were exploited and bullied and lied to. The writers and artists were squeezed into the most rigid ofideological strait-jackets - and bullied and lied to. To speak'one's mind, to ask an awkward question, even to speak about political questions in language not signposted with the safe, familiar monolithic jargon, was to run the risk of falling foul of the ubiquitous secret police. The purpose of this highly-paid organisation was ostensibly to protect the people from attempts at the restoration of capitalism, but in practice it protected the power, tne oligarchy. To this end it used the most abominable methods, including censorship, thought control, imprisonment, torture and"murder. The tragedy was that such a regime was presented as a Socialist society, as a 'people's democracy', as a first step on the road to Communism.

[p.7-8; INTRODUCTION]

They began to speak of the preceding day's events. On'f Wednesday and Thursday the word had spread round the factories and streets of the fighting in Budapest. By Friday the whole town was in ferment, and at about 10 o'clock in the morning the people poured out of their houses in a spontaneous demonstration. They were unarmed, and at that stage they did not want arms. Their only weapons f were red, white and green flags, and occasional rough posters bearing the two fundamental demands of the national uprising: 'End the Russian occupation' and 'Abolish the A.V.H.' There were 5,000 people in the demonstration, including old men and old women, young girls from the aluminium factory, women with their babies ) their arms and schoolboys. Singing the Hungarian National Anthem, they marched through their town in the first spontaneous demonstration since 1945. They were entirely peaceful—except that wherever they saw a red star they tore it down. This was not an expression of their desire for the restoration of capitalism. It expressed their desire for an end of Soviet occupation, for the removal of the Soviet symbols that had been thrust down their throats in place of bread, for the silencing of the empty slogans that had been dinned into their ears in place of truth.
The crowd, a good-humoured one, drew near the A.V.H. headquarters where a huge red star stood out against the sky. 'Take down the red star', they roared.
The reply was a hoarse word of command, the rattle of machine-gun fire, ttie mowing down of those in the front ranks; then the screams of the wounded.
No warning was given, no Riot Act was read, for Hungary does not nave a Riot Act. There was not even an initial burst of firing into the air, or over the people's heads. At the command of A.V.H. Lieutenant Jozsef Stefko, two machine guns hidden behind the windows of the headquarters pumped bullets into the thickest part of the crowd. A.V.H. men also threw hand-grenades. The firing went on for four minutes, and some of those wounded were shot again in the back as they tried to crawl away. Men and vomen, students and workers, children and even an 18months-old baby were among the victims.
Nothing could now restrain the crowd, and they rushed to the army barracks to pour out the story to the soldiers. Without hesitation the soldiers broke open the armoury and gave the people weapons. There was a fierce battle for the A.V.H. headquarters, in the course of which one of the detachment's four officers was killed. Another was captured and lynched and the other two were wounded and taken to hospital. One of these had died during the night, and the other. Lieutenant Stefko, was still lying there; j a crowd had gathered outside the hospital and was demand- | ing that he be handed over to them for summary justice.
When we had listened to this story, the revolutionary committee insisted that the German and English journalists go out on the balcony and address the crowds, and then visit the cemetery to see for themselves the victims of the j atrocity. Interpreters were provided, and we faced a crowd of several hundreds: soldiers, workers, students and women. The German said simply that medical help was on the way j from West Germany. I did not know what to say; my heart j was too full to do more than tell the people that the British people had not yet any reliable news of what was happening in Hungary, that I would make it my business to tell t em as speedily as possible, and that I was sure that as soon as jthe news spread medical aid would be on its way from Britain, too. I have tried to keep the promise to tell the truth I made that day as the black flag hanging from the Town Hall balcony flapped in my face and the faces of people stricken by a grief beyond words merged into a blur in my eyes. I should be interested to know what J. R. Campbell, editor of the Daily Worker, or Mick Bennett, assistant editor, or George Matthews, assistant secretary of the Communist Party, who suppressed the dispatch I wrote about Magyarovar, would have said to the people of that town if they had been in my place. Would they have insulted their grief with warnings about 'counterrevolution', or delivered a little homily about 'White Terror'? Would they have addressed them in the lofty, omniscient tones of the Daily Worker editorial of the day before, the day this abominable mass murder took place:

What has happened in Hungary durine these last days has not been a popular uprising against a dictatorial Government. It has been an organised and planned effort to overthrow by undemocratic and violent means a Government which was in process of carrying through important constructive measures.

And when they were taken to see the dead, as I then was, how would they have described them? As fascists? Reactionaries? Counter-revolutionaries? I should like to know.
They took us in slow, silent procession along an avenue of plane trees to the little chapel and mortuary in the town emetery. Hundreds went with us; we passed many more coming away, having identified kinsfolk or sweethearts or friends, or having stood in homage to dead workmates or fellow-students. Some faces were set and stern, others were contorted with weeping, and I wept myself when we reached the chapel and the mortuary. The mourners made way for us and genuy pushed us to the very front, so that we should see and know and tell what we had seen. The bodies lay in rows; the dried blood was still on the clothing. Some had little bunches of flowers on their breasts. There were girls who could not have been more than sixteen. There was aboy of six or so. Already in a coffin, lightly shrouded, lay the corpse of the eighteen-months-old baby. After eleven years of 'people's democracy' it had come to this: that the security police was so remote from the people, so alien to them so vicious and so brutal that it turned its weapons on a defenceless crowd and murdered the people who were supposed to be masters of their own country.
I did not want to hear any more or see any more. But I was forced to. For several hours I stood at the entrance to the cemetery, hemmed in by a gigantic crowd, a succession of interpreters coming forward to translate through English or French. I must have spoken to well over a hundred people that day alone. All were obviously workingclass people. All told more or less the same story. I made a point of questioning every one who claimed to be an eyewitness of the atrocity. I did not want to believe what they told me, but their stories tallied in every important detail. In particular, I sought to make absolutely sure that the demonstrators did not carry arms, and that the arms they ultimately obtained were given them by the soldiers. The answers I received to these points carried complete conviction.

[p.18-22; 2. MAGYARÓVÁR]

There were forces which still hoped to give the people a thrashing and so bring the Rakosi-Gero group back to power, and these forces engineered the provocation in front of the Parlia-| ment building on Thursday, October 25.
According to Charles Coutts, whom I met a week later, and who still had the details of the whole turmoil very fresh in his mind, a big and completely unarmed demonstration had started from Rákóczi út, carrying the national flag and black flags in honour of the dead. On the way to Parliament Square they met a Soviet tank. Tahe tankstopped, a soldier put his head out, and the people in the front of the crowd began to explain they were unarmed and were engaged in a peaceful demonstration. The soldier told them to jump on the tank; a number of them did so, and the tank set off in the demonstration - 'and I have a photograph of this', said Coutts.
Entering Parliament Square they met another Soviet tank which had been sent to fire on them, and this tank, too, turned and joined the demonstration. In the square were three more Soviet tanks and two armoured cars. The crowd went right up to them and began to talk to .the soldiers. The Soviet commandant was saying: 'I have a wife and children waiting for me in the Soviet Union. I don't want to stay in Hungary at all', when suddenly from the roof-tops there were three salvoes of gun-fire. Some of the people ran to the sides of the square for shelter. Others were told by the Russians to shelter behind the tanks. Some thirty people were left lying on the square either dead or wounded, including a Soviet officer. Tanks and cars opened fire on the roof-tops.
'It is still not clear to me who it was that began the shooting,' Coutts added. 'It is more than likely they were security police.* More than likely. And the provocation served its purpose: to prevent fraternisation, and to start the story that Soviet troops had opened fire on unarmed demonstrators. If the Soviet withdrawal had begun on October 24 instead of one week later, better still if the Soviet Army had never entered the fight, and if the A.V.H. had been disarmed and disbanded on October 24, much bitterness and suffering could have been prevented.
My second dispatch from Budapest, telephoned on November 2, dealt with the causes of the revolution and with how it broke out in Budapest. The dispatch consisted entirely of an interview with Charles Coutts. Except for a short 'intro' of my own, everything in it was taken down as Coutts told it, while we sat together at breakfast that Friday morning in the Duna Hotel. I limited this dispatch to what Coutts told me for two very good reasons. First, calls were severely restricted, and my piece had to be kept reasonably short - not more than a typist could take down in twenty minutes. Secondly, and more important, it provided an independent assessment of the causes of the revolt by a man whose judgment the paper was bound to respect, even if it no longer respected mine. After all, he had been in Budapest three years - long enough to find out a fair amount.
When the dispatch was received there was a half-hearted attempt to dismiss Coutts as 'politically naive'. George Matthews, assistant general secretary of the Communist Party, who was standing in at the Daily Worker in place of the editor, J. R. Campbell, at that time in Moscow, bluepencilled the dispatch to ribbons. I gather there was a certain amount of feeling about this among the staff. After all. Fryer might have got drunk, or had a nervous breakdown, or temporarily lost his political bearings and balance. But here was old Charlie Coutts, whom everyone knew as a reliable, level-headed man, backing him up.
As a result of this pressure, it seems, some of the cuts were restored in time for the first edition. Others were restored in between the first and second editions, but many important I things_essential, I would have thought, if the readers were to understand the Hungarian turmoil properly - were still ' omitted altogether. The Daily Worker has made the amazing claim that this dispatch was given merely 'normal I editing and "subbing" '. In view of the fact that a total of 455 of Coutts' words was omitted altogether (I am not counting my introduction) and several others were subtly fi changed ('uprising' for 'revolution', 'Mr. Coutts asserted'and 'Mr. Coutts believed' for 'Mr. Coutts said') the editing of such an important interview seems to me completely abnormal. The whole effect of the deletions was to water down the piece and to conceal really vital facts from the reader.

[p.46-48; 4.HOW THE REVOLUTION BEGAN]

This was Wednesday, October 31. "My friends, the revolution has been victorious," Imre Nagy told a mass demonstration in front of the Parliament House that afternoon. 'We have chased out the Rakosi - Gerö gang. We will tolerate no interference in our internal affairs'. That day Anna Kethly, after six years in prisons and concentration camps, became chairman of the newly re-born Social-Democratic Party. That day Janos Kadar announced the birth of a new Communist Party, the Hungarian Socialist Workers' Party, whose ranks would be closed to those responsible for the crimes of the past. That day score upon score of secret police swung head downwards from the Budapest trees and lamp-posts, and the crowds spat upon them and some, crazed and brutalised by years of suffering and hatred, stubbed out cigarette butts in the dead flesh.
That day British bombs were dropped on Egyptian territory and sank an Egyptian frigate in the Suez Canal, an President Elsenhower called the attack an 'error'. It anticipated the Soviet aggression in Hungary by four days.
At this point of time effective power in Hungary was divided between the Nagy Government, which had the support of the people because it reflected their will - and the armed people themselves, as represented and led by their national committees. It was a dual power. Delegates from the national committees in western, eastern, southeastern and southern Hungary were meeting at Gyor and putting forward the people's demands: the immediate withdrawal of the Soviet reinforcements that were reported to be arriving in the east; the withdrawal of all Soviet troops by the end of the year; and free elections. Some reports said a provisional government had been formed at Gyor, but this seems to have been a garbled version of the demand that representatives from the national committees be included in the Nagy Government. At all events there could be no doubt who held the power in Budapest. The people who held the arms held the power.
And who held the arms? Fascists? No, the people who had done the fighting, the Freedom Fighters, the workers of Csepel and Ujpest, the students, teen-age boys and girls, bandoliers over their shoulders, hand-grenades stuck in their belts and tommy-guns - 'guitars', they called them - in their hands, the soldiers who had exchanged the red star of servitude for the red, white and green ribbon of liberty. They had won a glorious battle, and for a time (how dreadfully short a time!) they rejoiced, even as they mourned their dead and lit candles on the thousands of freshly-dug graves. Even the children, hundreds of them, had taken part in the fighting and I spoke to little girls who| had poured petrol in the path of Soviet tanks and lit it. I heard of 14-year-olds who had jumped to their deaths on to the tanks with blazing petrol bottles in their hands. Little boys of twelve, armed to the teeth, boasted to me of the part they had played in the struggle. A city in arms, a people in arms, who had stood up and snapped the chains of bondage with one gigantic effort, who had added to the roll-call of cities militant - Paris, Petrograd, Canton, Madrid, Warsaw - another immortal name. Budapest! Her buildings might be battered and scarred, her trolley-bus and telephone wires down, her pavements littered with glass and stained with blood. But her citizens' spirit was unquenchable.

[p.65-66; 7. BUDAPEST]

If the Soviet intervention was necessary to put down counter-revolution, how is it to be explained that some of the fiercest resistance of all last week was in the workingclass districts of Budapest, in the north of Budapest, and Csepel, in the south - both pre-war strongholds of the Communist Party? Or how is the declaration of the workers of the famous steel town of Sztalinvaros to be explained: that they would defend their Socialist town, the plant and houses they had built with their own Hands, against the Soviet invasion ?
Not only was no answer forthcoming to these questions, but the questions themselves never saw the light of day. The Stalinists in control of the Daily Worker backed the export of Socialism in high explosive form against the are-handed heroism of 'Red Csepel'. They took their {?} and on the wrong side of the barricades.
The third argument in favour of Soviet intervention is that there was 'White Terror' raging in Hungary, and that for the Soviet Union to have refused to intervene would have been 'inhuman'. Leaving aside the still uncertain question of whether anyone ever did appeal to the Soviet Union to intervene, let us make quite sure what White Terror is. Just as Red Terror is the organised, systematic repression by a proletarian dictatorship of its counterolutionary opponents, so White Terror is the organised, systematic repression by a bourgeois dictatorship of its revolutionary opponents.
Heaven help Andrew Rothstein and those others who call the state of affairs in Hungary on November 1, 2 and 3 'White Terror' if they ever come face to face with real White Terror. In ten days the Versailles army which tuppressed the Paris Commune of 1871 slaughtered between 20,000 and 30,000 men, women and children, either in battle or in cold blood, amid terrible scenes of cruelty and suffering. 'The ground is paved with their corpses', gloated Thiers. Another 20,000 were transported and 7,800 sent to the coastal fortresses. That was White Terror. Thousands of Communists and Jews were tortured and murdered after the suppression of the Hungarian Soviet Republic of 1919, and hideous atrocities took place at Orgovány and Siófok. That was White Terror. In 1927 Chiang Kai-shek massacred 5,000 organised workers in Shanghai. That was White Terror. From the advent of Hitler to the defeat of fascist Germany untold millions of Communists, Socialists, trade unionists, Jews and Christlans were murdered. That was White Terror. It is perfectly true that a section of the population of Budapest, outraged to the pitch of madness by the crimes of the secret police, was seized with a lust to exterminate Communists. It is I true that the innocent suffered as well as the guilty. This is a painful and distressing tact. But to describe the murder of a number of Communists (which all observers agree was confined to Budapest) as 'White Terror' necessitating Soviet intervention is to describe events in Hungary in a one-sided, propagandist way. How many innocent Communists were murdered in Budapest? Twenty? Fifty? I do not know. But certainly fewer - far, far fewer - than the number of A.V.H. men who were lynched. At the 'Agony of Hungary' exhibition in London, and in all the hundreds of photographs I have seen, there was not a single one showing a lynched Communist. But there were many showing lynched A.V.H. men in their uniforms.(1) There f was one sequence showing a woman in civilian clothes being molested by a crowd, who accused her of being a A.V.H. spy. The caption stated that the crowd let her go. Now the only circumstantial evidence for the murder 01 B Communists is that put forward by Andre Stil in an article translated in World News of November 24. Stil arrived in Budapest on November 12, nine days after the second Soviet intervention. His article was published in Humaneon November 19 Even bearing in mind the assertion of Coutts and other I spoke to that forty of those killed in the Budapest Party headquarters were A.V.H. men, it is impossible to find Stil's account of the treatment of the seven Communists whom he names anything but convincing and horrible. Yet Stil is obviously performing the disagreeable task of a propagandist making the most of asmall number of atrocities. His need to have the attack on the Party headquarters begin on October 30 makes him antedate the Soviet withdrawal from Budapest by three days; he describes 'the vandals attacking the liberation nonument built upon the Gellert Hill', whereas in fact the main figure was not attacked; and, worst of all, he mentions the A.V.H. and its crimes in the following curious and oblique way:
Many of those who were there did not at first believe that the Party and its active members were being attacked, but that the attack was directed to the members of a secret police about whom the most unlikely stories were being told. (My italics - P.F.)
I have met Stil and have a great personal respect for him, as comrade, journalist, novelist and militant, but I should be dishonest if I did not say that the words I have italicised are unworthy of him. The truth about the 'White Terror' has been told by Bruce Renton:
In the provinces, only the A.V.H. was physically attacked. (New Statesman, November 17) I had seen no counter-revolutionaries. I had seen the political prisoners liberated. ... I had seen the executioners executed in the fury of the people's revenge.... But there was no 'White Terror'. The Communists walked free, the secret police were hanging by their boots. Where then was this counterrevolution, this White Terror? (Truth, November 16)
The arguments in favour of the second Soviet intervention do not hold water. But even if Nagy nad been making concessions all along the line to fascism, even if counterrevolution had succeeded, even if White Terror had been raging, it must be said, and said openly and with emphasis, that from the standpoint of Socialist principle the Soviet Union would still not have been justified in intervening. The Soviet aggression against Hungary was not merely immoral and criminal from the standpoint of the Hungarian people. It was a clear and flagrant breach of what Lenin called 'that elementary Socialist principle ... to which Marx was always faithful, namely, that no nation can be free if it oppresses other nations'. November 4, 1956, saw the leaders of the Soviet Umon dely Lenm s warning, never to 'slide, even in trifles, into imperialist relations with the oppressed nationalities, thereby undermining entirely our whole principle of sincerity, our principle of defence of the struggle against imperialism'.

(1) On November 14 the Daily Worker published under the headline 'The White Terror in Hungary' a photograph of "the body of a lynched Communist Party member in one of the wrecked Budapest Party offices'. Another photograph of the same corpse was in the paper's possession, but was not used, showing clearly that the lynched i corpse was in the paper's possession, but was not used, showing clearly that the lynched man wore A.V.H. uniform.

[p.78-82; 8. REVOLUTION AND COUNTERREVOLUTION]

In public buildings and private homes, in hotels and ruined shops, the people fought the Invaders street by street, step by step, inch by inch. The blazing energy of those eleven days of liberty burned itself out in one last glorious flame. Hungry, sleepless, hopeless, the Freedom Fighters battled with pitifully feeble equipment against a crushingly superior weighti of Soviet arms. From houses and from the open streets, they fought with rifles, home-made grenades and Molotov cocktails against T54 tanks. The people ripped up the streets to build barricades, and at night they fought by the light of fires that swept unchecked through block after block.
In the hospitals crammed with wounded operations were performed without anaesthetics while shells screamed and machine guns sputtered. I was heart-sick to see the army of a Socialist State make war on a proud and indomitable people.
On the Sunday and the Monday, while the din of the artillery bombardment and the ceaseless tank-fire mingled with the groans of the wounded, the battle spared neither civilians nor those bringing aid to the wounded. Bread queues were fired on by Soviet tanks, and as late as Thursday I myself saw a man of about seventy lying dead outside a bread shop, the loaf he had just bought still in his hand. Someone had halfcovered the body with the red, white and green flag. Soviet troops looted the Astoria Hotel as far as the first storey, even taking the clothes from the porters' rest room; they ransacked the Egyptian Embassy; they shot dead a Yugoslav diplomat looking out of the window of his Embassy. On the other hand, five Hungarian bullets broke five windows at the British Legation. These are things that happen in the heat of battle and it should be said that the Soviet troops are now making efforts to fraternise with the people. Some of the 'rank-and-file Soviet troops have been telling people in the last two days that they had no idea they had come to Hungary. They thought at first they were in Berlin, fighting German fascists.
Nothing will make me forget Stalingrad, and the debt the whole world owes to the Soviet Army, whose officers and men were given a filthy job to do in Budapest, a job that many of them obviously hated. By and large, they did it without excesses. I for one believe that the firing on bread queues might well be explained by the fact that many Freedom Fighters fought in civilian clothes, and that in the heat of battle a queue might look menacing from a moving tank. I recorded all the authenticated instances of Soviet excesses, since it was well to know how small they were compared with the fantastic and completely false story, later denied by the three main news agencies, of the shooting-up of a children's clinic.
In building after building there are gaping shell holes like eye sockets. In most of the main shopping streets every single window was blown out. Some of the loveliest buildings in the city have had their facades cruelly spoiled.

[p.84-86; 9. THE SECOND SOVIET INTERVENTION]

SINCE i BEGAN this book I have been informed that the London District Committee of the Communist Party has suspended me from Party membership for three months. The reason given is my 'action in publishing in the capitalist Press attacks on the Communist Party'. The District Committee's statement says that when asked why 1 had not discussed my views with the editor of the Daily Worker or the Executive Committee of the Party 'he replied that he had no confidence in either'. That is perfectly accurate. The statement ends with a warning, to which my attention is drawn in a covering letter from the district secretary, that if 'Peter Fryer should resort to the capitalist Press or to a capitalist publisher to carry forward his attacks on the Party, this would make it necessary for the District Committee to take further action'. This is quite clearly a threat to expel me if I continue to tell the truth about Hungary. The publication of this book is my answer.
It is painful after fourteen years to contemplate an estrangement - even if, as I am convinced, it will be only temporary - from a movement which has meant everything in the world to me. It was equally painful, after nearly nine years' work proudly performed at less than a labourer's wage for the Daily Worker, work which gave me profound satisfaction and joy because I felt able to tell the truth and do battle against injustice every day of my life, to have to resign from the paper because it would not let me do an honest job in Hungary.
The decision is a hard one. But I am not going to be gagged.

[p.91-92; POSTSCRIPT]

     
   
2002
Book - • Lessing, Erich ()/Crawford, Alistair () • Vom festhalten der Zeit : Reportage Fotografie 1948-1973 (2002) [text von Alistair Crawford, Übersetzungh ins Deutsche und Bildlegenden von Tradl Lessing, Bildredaktion von Alistair Crawford und Traudl Lessing, Interview mit Erich Lessing von Angelica Bäumer; Verlag Christian Brandstätter; Wien; p.455; 33 cm] -Van Tijen Home/Amsterdam: • Quotations: 1 (622 words)


p.378: (572) Die Aufständischen haben ihre Wut an einem AVO-Mann ausgelassen. Budapest 1956 [The insurrectionists have let loose their rage at an AVO man.]



p.379: (573) Anstellen um Lebensmittel in Zeiten der Revolution. Budapest 1956
Demut, Bescheidenheit. Es geht um das Objekt: die Revolution, den Krieg. Die Reportage zeigt jedoch nicht den abstrakten Krieg, sondem den konkreten Menschen, der schießt oder erschossen wird, der lyncht oder befiehlt. Mit solchen Bildern wird durchaus Politik gemacht - von den Medien, aber aucn von den Mächtigen und manchmal sogar von den Ohnmächtigen dieser Welt. Es waren nicht, zuletzt die Fotos der Greueltaten im Vietnamkrieg, die das Gewissen der Amerikaner geweckt und zu einem Druck auf die Regierung geführt haben, diesen sinnlosen Krieg zu beenden. In Österreich i und der Welt wollte sich allerdings kein politisches Gewissen rühren, als die Ungarische Revolution brutal niedergeschlagen wurde, ob- i wohl die humanitäre Hilfe gerade von Seiten Österreichs groß und einmalig war - die politische Reaktion war gleich Null, es sei eine, innere Angelegenheit der Ungarn, hieß es.

(...)

„Ich werde bei meinen Vorträgen sehr oft gefragt, wie mein Verhältnis ist zu den Grausamkeiten, Toten, Lynchmorden, Gewalttaten, die ich auf Bildern anderer Fotografen sehe und die auch ich fotografiert habe, und wie ich während des Fotografierens reagiert habe. Ich bin glücklicherweise, nie dabeigewesen, wenn es geschehen ist, und erst hingekommen, als die Toten schon in den Bäumen gehangen oder am Boden gelegen sind. Ich hätte sicher nicht fotografiert, sondern versucht, die Morde zu verhindern genau wissend, dass das nicht gelingt. Du kannst bei einer wütenden Menge, die Rache nimmt, oder - wie man in einigen meiner Ungarnbilder sieht - wo die Menschen so hasserfüllt sind, dass sie selbst die Toten noch anspucken, da kann man nicht intervenieren. Man hätte mir auch eins auf den Schädel gehauen oder mich ausgewiesen."

(...)

"Es ist im Grunde das Prinzip, dass eine Aktion zwar nichts nützen wird, aber sie muss dennoch geschehen. Das ist nicht nur eine Lebenseinstellung, sondern auch die Geschichte jeder Reportage, von der ich behaupte, dass sie sicherlich weder i die allgemeine Bewusstseinslage der Bevölkerung noch der politischen Klasse, die an den Hebeln der Macht sitzt, beeinßusst, weil ganz anderej Faktoren vorhanden sind- Geld, Wirtschaft, Macht Verbindungen. Die Welt ändern kann weder ein momentaner Volksaufstand noch die Intervention eines Fotografen. Aber dennoch muss man das zeigen, weil man licht nur anwesend ist, sondern mit der Kamera dabei. Und bei diesen Reportagen stellt sich immer wieder die Frage, wie weit ist der Reporter unabhängig und die Reportage objektiv, wenn man weiß, dass keine auto ritäre Regierung - und sicher nicht nur der Kommunismus - je einen objektiven Reporter und eine objektive Reportage zugelassen hat. Unser Versuch, objektiv zu berichten, wird zunichte gemacht von den Machtstrukturen und den politischen Ordnungen. Im Grunde ist Objektivität eine Fiktion. Noch dazu wenn man weiß, dass auch die historische Wahrheit immer wieder manipuliert wird oder nicht geglaubt - siehe die Wehrmachtsausstellung."

Also gibt es keine Objektivität?

„Nein", sagt Erich Lessing, „es gibt keine. Es gibt im bildnerischen Bereich keine und auch sonst nicht. Du bist immer selektiv und daher bringst du deine eigene Persönlichkeit ein und das, was du siehst, wird durch deine Abneigung oder Zuneigung gefiltert. Der Journalismus ist nicht objektiv, das wird im Bildjournalismus noch verstärkt una ernartet durch die Bildunterschrift. Ein Bild beginnt erst durch die Unterschrift seinen Sinn und Zweck zu haben, und eine der wesentlichen Überlegungen fördie Gründung von Magnum war ja, dass Robert Capa versucht hat, seine eigenen Unterschriften gegen die Bildunterschriften der Redakteur von Life durchzusetzen. Auch das is Objektiv der Kamera ist nicht objektiv, denn der Kameramann such ja schon den Ausschnitt. Man sagt zwar, dass das geschieht, damit die Komposition stimmt, aber die Komposition ist eigentlich nur ein Nebenspiel deines Willens, etwas Bestimmtes zu zeigen. So willst du es auch so gut wie möglich komponieren, damit der Beschauer auch versteht, was du meinst."

[p.449-450; Angelica Bäumer interview with Lessing: Von der Fotografie und wie er sie sieht]